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Est-ce que le corps stocke nos traumatismes ?


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Bonjour Reader,

Cette semaine, un thème revient souvent dans mes discussions : le lien apparent entre nos douleurs physiques et nos bouleversements émotionnels. Peut-être que ça vous est déjà arrivé aussi: vous vous mettez en colère et, tout à coup, la douleur dans votre épaule se réveille. Ou votre mâchoire commence à vous faire mal et vous réalisez que vous serrez les dents parce que quelque chose vous inquiète. J’entends des versions de ça tout le temps au bureau: « Je sais que cette douleur est liée à cette émotion ou à ce souvenir.» Ou simplement : « Mon corps stocke mon trauma. »

Nous vivons nos émotions dans et à travers le corps. La peur et l’anxiété peuvent modifier notre respiration, notre rythme cardiaque et la façon dont nous nous organisons pour bouger. Le deuil peut peser lourd. L’anxiété peut nous nouer l’estomac avant même qu’on soit complètement réveillé. Un souvenir peut s’accompagner d’une tension très reconnaissable dans la mâchoire, la poitrine, le ventre ou les épaules, tout comme certaines positions ou certains mouvements peuvent faire remonter des souvenirs très forts.

Mais est-ce que ça veut dire que l’émotion, ou le souvenir, sont réellement stockés là?

Réflexions

Je pense que c’est un de ces moments où les mots qu’on utilise peuvent être à la fois utiles et trompeurs. Dire qu’on « garde » quelque chose dans le corps met des mots sur une expérience très réelle. Le problème commence quand la métaphore devient une explication.

Une hanche douloureuse ne contient pas nécessairement un vieux souvenir. Une mâchoire tendue n’est pas toujours symptôme de la colère qu’on n’a pas exprimée. Un mal de dos n’est pas la preuve d’un trauma non résolu. Il existe une relation importante entre ce qu’on ressent physiquement et ce qu’on a vécu émotionnellement, mais il peut aussi y avoir une blessure, de l’inflammation, des changements dans la charge ou le mouvement, de la sensibilisation, de la fatigue, du manque de sommeil, du stress, une maladie, ou plusieurs de ces facteurs qui interagissent en même temps.

Et puis il y a une autre couche qui me fascine : le sens qu’on donne aux sensations.

Notre cerveau essaie constamment de donner un sens aux informations qu’il reçoit. Il cherche des régularités, s’appuie sur nos expériences passées, fait des prédictions sur ce qui risque de se passer ensuite, puis révise ces prédictions à mesure que de nouvelles informations arrivent. Les signaux qui viennent du corps font partie de ce processus, mais ils n’arrivent pas avec de petites étiquettes disant « deuil », « danger », « trauma », ou même « voilà pourquoi votre hanche vous fait mal ».

Une sensation apparaît toujours dans un contexte. Ce contexte comprend ce qui se passe autour de nous, ce qui s’est passé auparavant, ce à quoi nous prêtons attention, ce à quoi nous nous attendons, ce dont nous nous souvenons, et l’état du corps lui-même. Quelque part dans cette conversation qui se poursuit en permanence, nous donnons du sens à ce que nous ressentons.

C’est une des raisons pour lesquelles je reste prudente quand quelqu’un me dit qu’une partie précise du corps « signifie » une émotion précise. Peut-être qu’il y a effectivement une association. Peut-être que le système nerveux a appris à se raidir, à se retirer, à devenir immobile, à retenir le souffle ou à se préparer à agir dans une situation particulière, et qu’une version de cette organisation réapparaît quand quelque chose rappelle au système une expérience passée. Mais c’est très différent de dire que le souvenir lui-même se trouve à l’intérieur d’un muscle, en attendant d’être libéré.

On retrouve la même tendance à chercher du sens dans l’anxiété et les pensées répétitives. Quand quelque chose semble incertain ou non résolu, l’esprit peut y revenir encore et encore, à la recherche du motif ou de l’explication qui finira par rendre le tout cohérent. Parfois, cette recherche nous aide réellement à résoudre un problème. Et parfois, elle devient de la rumination et finit plutôt par générer encore plus d’incertitude.

La douleur peut se retrouver prise dans des boucles tout aussi complexes. La douleur est réelle, mais elle n’est pas une simple lecture directe de l’état des tissus. Les informations sensorielles, l’attention, les attentes, les expériences passées, la perception de menace, le mouvement, les émotions et le contexte peuvent tous influencer ce que nous ressentons. Ça ne rend pas la douleur « psychologique », et ça ne veut certainement pas dire que toute douleur a une cause émotionnelle. Ça veut simplement dire que la relation entre le cerveau et le corps est beaucoup plus intéressante — et infiniment plus complexe — qu’on ne le pense.

Alors peut-être que la question utile n’est pas : « Quelle émotion est stockée ici? », mais plutôt : « Qu’est-ce qui se passe en moi quand je ressens ça? » Qu’est-ce que je remarque? À quoi mon système s’attend-il? Quels souvenirs ou quelles significations apparaissent? Qu’est-ce qui se passe dans ma respiration, ma posture, mes mouvements et mon attention? Qu’est-ce qui devient possible ou impossible? Et qu’est-ce qui change quand je donne à mon système nerveux une expérience légèrement différente?

Venez explorer ça avec moi dans le NeuroSomatic Lab ! 🧠

Cette semaine, au lieu de vous proposer une pratique à essayer par vous-même, je vous invite dans le Lab. Nous allons sortir cette question du domaine de la théorie et l’explorer à travers les sensations, le mouvement, l’attention et la perception. Non pas pour décoder ce que votre corps « veut dire », mais pour devenir curieux de la relation entre sensation, contexte, mémoire et prédiction.

Le NeuroSomatic Lab est un cours mensuel en direct. Si vous ne pouvez pas être là en direct, il y aura un enregistrement, donc vous pourrez quand même vous inscrire et faire l’exploration à votre rythme.S’inscrire au Lab

🧠 NeuroMinute...

Les neurosciences nous donnent de bonnes raisons d’être prudents avec l’idée que les souvenirs seraient littéralement stockés dans certaines parties du corps. Les recherches sur la mémoire montrent qu’il vaut mieux la comprendre comme des changements dans des réseaux cérébraux impliqués dans l’encodage, la consolidation et la récupération. Les souvenirs sont des représentations, pas des fichiers statiques : ils peuvent être réactivés, mis à jour et reliés à de nouvelles informations. Ils peuvent aussi être réimaginés et ne sont pas des reflets de la réalité fidèles à 100 %.

En même temps, le cerveau reçoit continuellement de l’information du corps et l’utilise, avec les expériences passées et le contexte présent, pour réguler le corps et guider l’action. Un souvenir peut donc tout à fait s’accompagner d’un schéma corporel familier sans que le souvenir lui-même soit situé dans la hanche, la mâchoire ou l’épaule.

La neuroscientifique Lisa Feldman Barrett formule la distinction de façon assez provocatrice : “Your brain keeps the score. Your body is the scorecard.” Le corps fournit constamment de l’information qui participe à ce que le cerveau prédit et construit. Ce qu’elle remet en question, c’est l’idée qu’un symptôme corporel puisse simplement être décodé comme la preuve d’une émotion ou d’un trauma précis qui y serait stocké.

La science de la douleur va dans une direction tout aussi nuancée. La douleur est une expérience produite par le système nerveux en réponse à de nombreux types d’informations; la relation entre la douleur et l’état des tissus est importante, mais elle n’est pas univoque. Le contexte, l’apprentissage, les attentes, l’attention et la perception de menace peuvent influencer la douleur, aux côtés de facteurs biologiques et mécaniques.

Ce qui me ramène à la personne qui me dit : « Je garde ce souvenir dans ma hanche. » Quelque chose l’a amenée à vivre ces deux choses ensemble, et cette relation mérite peut-être d’être explorée. Mais la question suivante m’intéresse tout autant : qu’est-ce que votre système nerveux est en train de faire, maintenant, au moment où la hanche et le souvenir se rencontrent?

Chaleureusement,

Joana

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NeuroNotes is a newsletter about the brain, the body, and how we change. I write about chronic pain, anxiety, trauma, nervous system regulation, movement, neuroplasticity, healing, and the ways our bodies shape how we think, feel, and relate. Each edition begins with a real-life question, experience, or observation (typically from my own experience), then explores how neuroscience can help us understand ourselves and our challenges. You’ll also find concrete NeuroSomatic practices, and reflections to help you notice your patterns differently, and eventually move beyond. The purpose is not to give you another set of instructions for fixing yourself, but to help you connect to what your brain and body are doing and to discover where change is possible.

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